Je le dédie kan même à nos prisonniers et à nos morts "libertà per i patriotti"
Dans une situation qu'elle estime bloquée, l'Action Régionaliste Corse (ARC) décide de choisir des moyens d'actions plus radicaux.
Le 21 août 1975, une vingtaine d'entre eux, emmenés par Edmond Simeoni, dirigeant de l'Azzione per a rinascita di a Corsica (ARC), occupent la cave Depeille, du nom d'un exploitant d'origine pied-noir installé dans la plaine orientale, près d'Aleria. Équipés de fusils et d'une mitrailleuse, ils veulent enfin attirer l'attention du public sur la situation de l'île et notamment sa situation agricole. Ils dénoncent la main-mise d'une partie des terres de la plaine orientale par quelques familles "pied-noires". Le ministre de l'intérieur Michel Poniatowski envoie 2 000 CRS et des gendarmes mobiles épaulés de véhicules blindés légers, et ordonne l'assaut le mercredi 22 août vers 16 h. Deux gendarmes sont tués au cours de l'affrontement. Le conseil des ministres suivant, le mercredi 29 août ordonne la dissolution de l'ARC. La tension monte rapidement dans Bastia et des échaufourrées éclatent en fin d'après-midi . Elles se transforment en émeutes à la nuit tombée et de nombreuses fusillades ont lieu : un CRS sera tué et de très nombreux blessés.
Cette affaire marque le début de la radicalisation des mouvements nationalistes, dont les revendications évoluent pour exiger l'indépendance de l'île, et forcent les gouvernements successifs à prendre en compte la "question corse".
Quelques mois plus tard, dans la nuit du 4 au 5 mai 1976, des militants nationalistes créent Front de Libération Nationale de la Corse (FLNC) à partir du Fronte paesanu di liberazone di a Corsica (FPCL) responsable du plasticage d'un bateau italien pollueur et de Ghjustizia paolina, l'organisation clandestine supposée être une antenne armée de l'ARC. Cette naissance est marquée par une série d'attentats en Corse et sur le continent. Ils tiennent une conférence de presse au Cunventu Sant'Antone di a Casabianca (Couvent Saint-Antoine de la Casabianca) à Orezza, lieu hautement symbolique puisque c'est là qu'avait été votée la Constitution corse et que Pascal Paoli avait proclamé l'indépendance en 1755. Bien que se réclamant d'un petit livre à forte connotation marxiste, la plupart des dirigeants indépendantistes sont issus des rangs de la droite nationaliste française ou de milieux "apolitiques". Rares sont les gauchistes présents dans ses rangs. On y note un groupuscule maoiste dont le nombre de militants se comptent sur les doigts d'une main et moins d'une dizaines de trotskystes dont les idées ne pèseront guère dans la formation idéologique d'une organisation armée calquée sur les modèles vietnamiens et algériens sans que la situation corse ait quelque chose à voir avec celles des anciennes colonies françaises. Et c'est un paradoxe si bien des dirigeants nationalistes sont les enfants de rapatriés d'Algérie qui reprocheront à la France son... colonialisme en Corse.